Pas un champ à 50 km. Un jardin à 5 minutes.
Il y a deux ans, un couple de Lorient a acheté un champ à cinquante kilomètres, pour « être prêts ». Ils y vont deux fois par mois. Les ronces ont gagné. Le plein pour y aller coûte plus cher que les légumes qu’ils en ramènent. Dernier épisode. Pendant neuf épisodes, je vous ai dit comment tenir. On m’a posé la bonne question : est-ce qu’il y a des façons de ne plus subir ? Il y en a quatre. Et aucune ne passe par un champ à cinquante kilomètres.
D’abord, pourquoi je peux répondre oui. Parce que les saisons que j’ai décrites ne tombent pas sur tout le monde pareil. Ce qui est compté, en 2028, c’est ce qu’on doit depuis 2020, l’électricité et la terre. Ce qui est brouillé, en 2029-2031, c’est la confiance dans les chiffres. Celui qui doit peu, qui dépend peu du réseau, et qui tient des choses réelles, traverse ces années bien moins touché que celui qui a tout mis dans un salaire, un compte et une prise. Donc oui, il y a une position qui change tout : réduire ce qu’on doit, réduire ce dont on dépend, tenir des choses réelles. Et il y a une année pour s’y mettre : du 25 mars 2027 au 14 mai 2028, celle de l’épisode cinq.
Première façon : produire ce qu’on achetait. Pas tout. Une part. Ce que vous achetez chaque mois, et que vous pourriez faire, échanger ou partager : les légumes d’été, le pain, le bois, la réparation du vélo, la garde des enfants, le trajet du matin. Chaque euro que vous ne dépensez plus est un euro que l’addition de 2028 ne peut pas vous prendre. Et ça se fait à cinq minutes, pas à cinquante kilomètres. Un jardin partagé au bout de la rue, un balcon, une parcelle d’association à portée de vélo, le voisin qui a un four à pain, la grand-mère qui garde. Le champ lointain coûte du carburant et du temps, et c’est précisément ce qui va manquer. La règle, c’est : ce que vous produisez doit être là où vous vivez.
Deuxième façon : convertir ce qui dépasse. Vous avez lu la règle dans l’épisode neuf : un à deux mois de dépenses de côté, intacts, plus une marge si vous le pouvez, jusqu’en mai 2029. Ça, on n’y touche pas. Mais ce qui dépasse ? Ce qui dort sur un compte au-delà de cette réserve, c’est ce qui va se brouiller en 2029-2031, quand l’euro change de support et que personne ne sait plus très bien ce qu’il a. Ce qui dépasse, on le convertit, pendant l’année 2027, en choses qui ne dépendent pas d’un chiffre : l’isolation de la maison, le poêle, la citerne, l’outil qui fait gagner un revenu, la formation qui suit d’un emploi à l’autre, la part d’une entreprise qui fabrique quelque chose de nécessaire. Je ne vous dis pas de vider votre compte. Je vous dis que, de ce qui dépasse la réserve, chaque euro converti en 2027 en quelque chose de réel est un euro qui ne sera pas brouillé en 2030.
Troisième façon : se placer là où la pluie tombe moins. On me demande s’il faut partir. La réponse est moins simple que la question. Aucun pays n’est calme sur dix ans : la Suisse est épargnée jusqu’en 2030, puis la plus secouée. Les États-Unis sont lourds maintenant, légers en 2028, très chargés en 2030-2031. Ceux qui sont tranquilles jusqu’en 2029 ont leur rendez-vous après. Partir, c’est choisir quelle saison on traverse ailleurs, pas échapper aux saisons. Et surtout, le terrain compte plus que le pays. Si vous dépendez d’un employeur, d’un réseau et d’un guichet à Paris, vous en dépendrez à Zurich. Ce qui change vraiment votre position, c’est de vous placer là où vos dépendances sont moindres, et ça peut être à trente kilomètres : une commune où l’énergie est en partie locale, où la terre nourrit, où les gens savent déjà faire ensemble. Rester et changer de terrain, c’est la moins chère des trois positions, et pour presque tout le monde, la plus efficace. Partir à l’étranger, c’est un cas, pas un conseil : le calendrier ne connaît ni les visas, ni les langues, ni le prix de l’arrachement, et ces trois choses pèsent plus que tout ce qu’il compte. Si on le fait, c’est en 2027, avant la pluie, pas en 2028, sous la pluie.
Quatrième façon : devenir acteur quand ça devient possible. C’est l’épisode huit. Jusqu’en 2031, ce qui se passe arrive au pays, et vous le traversez. De juin 2031 à février 2034, c’est vous qui êtes touchés, et ce que vous faites pèse. Mais ceux qui pèseront en 2032 sont ceux qui auront construit leurs gens entre 2027 et 2029. S’insérer dès 2027, dans ce qui existe près de chez vous : un conseil, une association, une coopérative, un syndicat, un groupe de producteurs. Pas pour militer. Pour savoir faire ensemble avant que ce soit nécessaire. Et peser en 2032, quand la façon de choisir ceux qui parlent en votre nom change de forme.
Vous remarquez que les quatre façons se tiennent. Produire près de chez soi crée des gens autour de soi. Convertir ce qui dépasse paie le poêle et l’outil. Changer de terrain à trente kilomètres rend les deux premières plus faciles. Et les gens qu’on a construits en faisant tout ça sont ceux avec qui on pèse en 2032. Ce n’est pas quatre choses à faire. C’est une seule position, vue de quatre côtés.
Et la séquence, en quatre lignes. D’ici décembre 2026 : on prépare, on n’engage rien de lourd. Du 25 mars 2027 au 14 mai 2028 : on fait. C’est l’année. Du 14 mai 2028 à mai 2029 : on tient ce qu’on a construit, réserve intacte, trois semaines de retenue autour de chaque pic. À partir de 2031 : on pèse.
Ce qu’on ne fait pas : le champ à cinquante kilomètres. Le bunker. Le compte en francs suisses qui croit échapper à une période où toutes les monnaies changent. Le départ décidé sous la pluie. Et attendre que l’État le fasse pour vous : rien dans ces quatre façons ne demande son accord.
Ce que je ne sais pas, et je termine là-dessus parce que c’est le cœur de tout ce que j’ai écrit. Je ne sais pas si la France sort de 2034 refondée ou usée. Le calcul ne le sait pas. Il date. Il dit quand c’est le moment de faire, quand c’est le moment de tenir, quand c’est le moment de peser. Ce qu’on en fait, c’est nous. Le ciel date, nous choisissons.
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