Qui passe devant quand il n’y en a pas pour tous ?
Un soir de décembre 2028, dix-neuf heures, vous rentrez, vous branchez la voiture, et elle ne charge pas. Pas avant minuit. Parce qu’à dix-neuf heures, le courant va d’abord aux usines et aux centres de données, et les ménages passent après. Cet épisode couvre du 14 mai 2028 au 11 mai 2029 : l’année de l’addition.
Il y a une chose qui a commencé le 12 janvier 2020. Vous vous souvenez de ces semaines : le Covid, le confinement, la dette qu’on a créée pour tenir, le contrôle qu’on a accepté pour survivre. Dans mon calcul, c’est le début d’un cycle d’un peu plus de trente ans. Et tout cycle a un premier examen, au quart de sa durée. 2028, c’est l’examen de 2020. On vérifie ce qui a été construit à crédit depuis.
Je peux vous dire ce que ça donne, parce que c’est déjà arrivé deux fois, et que les deux fois ont été vérifiables. Le cycle d’avant, né en 1947 avec la guerre froide, a eu son examen en 1956 : Suez, Budapest, le moment où chaque bloc a découvert ses limites, et où les règles ont été fixées pour trente ans. Le cycle d’avant encore, né en 1982 avec la finance mondialisée, a eu son examen en 1993 : le système monétaire européen qui craque, Maastricht qui doit prouver dans la douleur qu’il tient. 1956 a vérifié le compteur, le pétrole. 1993 a vérifié la caisse, la monnaie. 2028 vérifie ce qu’on doit depuis le Covid.
Et le point qui compte : les deux fois, ça a été des années pénibles où les règles se sont fixées. Pas des effondrements. Ni en 1956, ni en 1993, les Français n’ont perdu leur maison ou leur banque. Ils ont perdu du pouvoir d’achat et des illusions. C’est ce registre-là. Et il y a une différence avec 1956 : cette fois, les solutions de contournement de 2027 sont déjà en place quand l’addition arrive. On arrive à l’examen avec une maison en travaux, pas une maison abandonnée.
L’addition a trois lignes. Trois seulement.
L’électricité. Quand il n’y en a pas assez pour tout le monde, qui passe devant : les centres de données, les usines, ou les gens qui se chauffent ? La réponse se donne en 2028, et vous pouvez déjà la lire dans les délais de raccordement. Pour vous, ça veut dire des heures creuses et pleines beaucoup plus contraignantes, un compteur qui coupe en pointe, un raccordement qui attend des mois, une voiture qui ne charge pas quand vous voulez, un chauffage électrique rationné aux heures froides. Et les ménages ne sont pas en tête de file.
L’argent. Tout ce qu’on se doit depuis 2020, les États, les banques, les entreprises, qu’est-ce que ça vaut vraiment ? Une renégociation sous contrainte, dont je ne connais pas la forme. Je le dis clairement : rien dans mon calcul ne montre un krach. Ce que ça montre, c’est une pression et un calendrier.
La terre. Les champs, l’eau, les métaux dont les machines ont faim deviennent stratégiques, et le pouvoir va à ceux qui les tiennent. C’est aussi une ligne militaire : les guerres de 2028 sont pour des détroits et des mines, pas pour des idées.
Trois pics, qui ne se ressemblent pas. Fin juin 2028 : le monde découvre l’addition, et c’est l’électricité, parce que le rationnement est déjà en cours. Mi-novembre 2028 : le plus dangereux des trois, et c’est l’argent. C’est là qu’un arrangement peut casser. Un soutien extérieur à la France est daté du 15 octobre, juste avant : un programme, une garantie, un accord, je ne sais pas lequel. Fin mars 2029 : la terre, et le moment où les règles se fixent pour longtemps.
Où tombe l’addition ? Partout, mais pas pareil. J’ai passé vingt pays et institutions au même crible. Et elle tombe sur l’Europe plus que sur la France : l’Union européenne est la plus touchée, puis l’Espagne, puis l’Italie. La France vient après. L’Allemagne traverse presque indemne, et ne devient fragile qu’en 2030. Et la Banque centrale européenne change d’outil en plein milieu, trois fois entre juin 2028 et mars 2029. Retenez ça pour le prochain épisode : cet outil a un nom.
Ce que vous vivez pendant l’addition : pas une catastrophe, une pression. Vous travaillez, mais votre salaire se négocie contre les prix. Vous vous chauffez, mais pas quand vous voulez. Vous payez vos impôts, mais ce qu’ils achètent est compté. Les files d’attente remplacent les pénuries : au raccordement, au guichet, à la réparation. Les retraites sont revalorisées moins que les prix. Et surtout, tout le monde paie un peu, et tout le monde se demande pourquoi lui. Les précédents disent que ça dure un an, que ça fixe les règles pour longtemps, et que ceux qui dépendaient moins ont moins payé.
Mes trois signaux d’alarme, parce que c’est l’année où ils comptent. Je m’engage dessus : si l’un s’allume, un épisode le dira. Un : l’écart de taux France-Allemagne au-dessus de cent cinquante à deux cents points, durablement. Deux : une émission de dette de l’État qui ne trouve pas preneur. Trois : une mesure sur vos dépôts bancaires, limitation des retraits, prélèvement, blocage. À l’heure où j’écris, aucun des trois n’est allumé.
Ce qu’on fait : les trois questions de 2028 se règlent en 2027. De quoi dépendez-vous sans le savoir ? Qu’est-ce qui garde sa valeur quand les chiffres se brouillent ? Où sont vos gens ? Pendant l’addition elle-même : trois semaines de retenue autour de chaque pic. Votre réserve d’un à deux mois intacte jusqu’en mai 2029. Les trois signaux surveillés. Ce qu’on ne fait pas : stocker en panique, une semaine d’avance, pas un bunker. Aucune décision patrimoniale autour des pics. Et ne pas vider votre réserve pour rembourser votre prêt, j’explique pourquoi dans l’épisode neuf.
Le guide est sur ericmartin.fr. Et si cette façon de lire vous parle, je fais le même travail pour une vie, la vôtre : une vie aussi a ses additions, et il vaut mieux savoir quand elles arrivent.
Prochain épisode : 2029, l’euro numérique.
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