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Eric Martin, astrologue à Lorient, auteur du podcast Les cahiers d'Oppaga
Chroniques coréennes · Notes d'épisode

Le bujeok, le talisman que la Corée glisse dans sa poche.

Suite directe de l'épisode sur le Samjae : le premier décrivait la tempête, celui-ci décrit le parapluie. Un petit rectangle de papier jaune vif, couvert de lignes abstraites et d'une calligraphie tracée à l'encre rouge vermillon : le bujeok (부적), talisman coréen par excellence, au point de rencontre du chamanisme ancestral, de la cosmologie des éléments et d'une psychologie très fine. Comment il est fabriqué, pourquoi ce jaune, pourquoi ce rouge, et ce qu'un morceau de papier peut vraiment. Voici les notes.

Ce que raconte l'épisode.

Vous le trouverez glissé dans le portefeuille d'un homme d'affaires de Séoul, sous le matelas d'une grand-mère à la campagne, ou calé derrière la coque du tout dernier smartphone. Le bujeok est l'arme de défense que l'épisode sur le Samjae mentionnait en passant : les deux épisodes forment un diptyque, la tempête puis le parapluie.

L'épisode dissèque l'objet élément par élément, car rien n'y est décoratif : le papier, l'encre, le geste. Il distingue ensuite les deux grandes familles de talismans, le bouclier et l'aimant, décrit l'étiquette qui les entoure, puis regarde la Corée d'aujourd'hui, où le bujeok ne disparaît pas : il change de support. Et il finit par la question honnête : que fait vraiment un morceau de papier ?

Écouter l'épisode sur Spotify ou sur la page du podcast.

Papier, encre, geste.

Chaque élément du bujeok obéit à un code, hérité du chamanisme coréen, le musok sinang (무속신앙), et du vieux fonds taoïste.

ÉlémentNomCe qu'il porte
Le papierHwangji (황지), papier traditionnel teinté en jauneLe jaune est la couleur du centre et de la terre, et surtout une couleur de lumière sacrée : la tradition lui prête le pouvoir de repousser les gwishin (귀신), les esprits malveillants.
L'encreRouge vermillon au cinabre, le jinsa (진사) ; la qualité la plus pure est le gyeongmyeon jusa (경면주사), le « cinabre au poli de miroir »Jamais d'encre noire. Le rouge est le feu, le sang, la vie : l'énergie yang (양) à l'état pur, que les entités d'essence eum (음) ne supportent pas. Le rouge ne décore pas : il brûle.
Le gesteTracé à la main, un par un, par un moine, une chamane mudang (무당) ou un praticien de Saju (사주)C'est le point qui sépare un bujeok d'une image de bujeok : la valeur n'est ni dans le papier ni dans l'encre, elle est dans le geste. Purification, recueillement, intention claire, pour charger chaque trait de gi (기), l'énergie vitale.

Les motifs eux-mêmes, cette calligraphie qui semble cryptée, sont des sinogrammes transformés, des cartes d'étoiles, des symboles composés. Un bujeok, au fond, c'est une intention rendue visible : une phrase qu'on ne peut pas lire, mais qu'on peut porter.

Le bouclier et l'aimant.

FamilleGeste
Aekmagi bujeok (액막이 부적), les talismans de protectionDéfensifs : des boucliers, placés entre vous et ce qui arrive. C'est le talisman qu'on va chercher quand on découvre qu'on entre en Samjae, et c'est ici que le diptyque se referme. On le demande pour bloquer la maladie, éloigner le mauvais œil, protéger la route, assainir une maison.
Bok bujeok (복부적), les talismans d'attractionLa démarche s'inverse : on ne pare plus, on appelle. Prospérité, réussite d'un examen décisif, et en Corée l'examen décisif a un nom qui fait trembler les familles, le suneung (수능), rencontre, projet qui compte. Bok (복), c'est la bénédiction : le même bok que le bok-samjae de l'épisode précédent.

Autour de l'objet, toute une étiquette. Un bujeok est personnel : il est fait pour quelqu'un, pas pour tout le monde. Certains doivent rester cachés pour garder leur force, pliés en carré dans une poche intérieure ; d'autres sont faits pour être vus, cloués au-dessus de la porte d'une maison ou d'un commerce, face à ce qui entre.

Enfin, un bujeok a une durée de vie. Au bout d'un an, en général autour du Nouvel An lunaire, souvent à la première pleine lune de l'année, le jeongwol daeboreum (정월대보름), on considère qu'il a accompli son travail. Alors on ne le jette pas : on le brûle, dans un petit rituel, pour libérer l'intention qu'il portait. Un talisman qui expire et qu'on remercie par le feu : voilà une tradition qui a compris quelque chose sur le renouvellement des intentions.

La Corée moderne, et la question honnête.

Dans le pays des semi-conducteurs, le bujeok ne disparaît pas : il se métamorphose. De jeunes designers en revisitent les motifs sur des coques de téléphone, des cartes, des fonds d'écran. On pourrait n'y voir qu'une désacralisation commerciale ; on peut y lire autre chose : la preuve que le besoin d'ancrage est intact. Il change de support, pas d'adresse.

Que fait vraiment un bujeok ? Sans rien demander de croire aux gwishin, voici ce qu'on peut dire sans trahir personne : un bujeok fonctionne, au minimum, comme un puissant outil de focalisation. Vous portez sur vous un objet qui matérialise une intention ; chaque fois que votre main le frôle, votre esprit reçoit le rappel : voilà ce que je protège, voilà ce que je vise. Dans un monde qui disperse l'attention à chaque minute, un rectangle jaune et rouge qui recentre, c'est déjà beaucoup. La tradition dit qu'il fait plus. La psychologie confirme qu'il fait au moins cela. Entre les deux, chacun place son curseur, et l'objet travaille dans les deux cas.

La règle de la maison : le bujeok n'est pas une baguette magique. Il ne résout rien à votre place, et aucun praticien honnête ne vous le vendra ainsi. C'est un partenaire symbolique : il accompagne une traversée, un Samjae délicat, un examen, un projet ; il ne la fait pas pour vous. Le parapluie n'arrête pas la pluie. Il permet de marcher dedans.

Jaune vif, encre vermillon.

Les codes de la tradition, tels que l'épisode les décrit : le papier jaune qui éclaire, l'encre de cinabre qui brûle. À gauche, le samjae-bu et son faucon à trois têtes, une par calamité ; à droite, le talisman des sept étoiles, pour l'accomplissement d'un vœu formulé. La page consacrée au bujeok détaille les motifs, l'usage et la manière dont je le propose à l'issue d'une consultation.

Bujeok samjae : talisman coréen au faucon à trois têtes, encre vermillon sur papier jaune vif Bujeok des sept étoiles : talisman coréen de l'accomplissement des vœux, encre vermillon sur papier jaune vif

Votre bujeok, tracé selon les règles de l'art.

Passer de la théorie à l'objet est une chose que je propose : un bujeok personnalisé, tracé à la main selon la tradition que l'épisode décrit, le papier, l'encre, le geste, et ajusté à votre situation. Et comme un talisman n'a de sens que s'il est ajusté à votre réalité, le plus juste est de commencer par la lecture : en consultation, au cabinet à Lorient ou en visio, on établit vos Quatre Piliers (사주팔자), vos cycles, vos années de Samjae et leur qualité, et on identifie ce que votre période demande vraiment. Parfois un bouclier, parfois un aimant, parfois simplement des dates. Le bujeok vient alors comme le sceau de la lecture.

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